
Pain, pâtes, riz, pommes de terre, céréales du petit déjeuner. Les aliments les plus simples, les plus quotidiens, les plus universels. Ceux que l’on retrouve dans toutes les assiettes : des plus jeunes aux plus âgé·es, des foyers modestes aux personnes les plus vulnérables… Ceux qu’aucune « bonne volonté » individuelle ne permet d’éviter. C’est là que se niche aujourd’hui l’un des scandales sanitaires les plus graves et les plus invisibles : la contamination généralisée au cadmium.
Ce métal lourd est un perturbateur endocrinien et il est surtout classé cancérogène certain depuis 1993 par le Centre international de recherche sur le cancer. Il s’accumule lentement dans l’organisme, principalement dans les reins, le foie et les os. Il est associé à des atteintes rénales, des fragilités osseuses, des troubles de la reproduction, un surrisque d’accidents cardio-vasculaires et à une augmentation du risque de plusieurs cancers, en particulier celui du pancréas dont le taux d’incidence a bondi ces dernières années. Les enfants y sont particulièrement vulnérables : ils absorbent proportionnellement plus de cadmium que les adultes. Le cadmium est aussi responsable dans les troubles du neurodéveloppement chez l’enfant.
La France est parmi les pays européens le plus exposé au cadmium. Les grandes enquêtes de Santé publique France montrent que l’imprégnation moyenne de la population a quasiment doublé en dix ans. Jusqu’à 36 % des enfants de moins de trois ans dépassent la dose journalière tolérable. Les médecins libéraux parlent désormais ouvertement d’une « bombe sanitaire ».
Contrairement à d’autres polluants, le cadmium ne provient pas d’un comportement marginal ou d’une consommation « à risque ». Il est présent partout, dans les aliments de base. Certes, certains produits concentrent davantage le métal — abats, mollusques, cacao — mais ce sont surtout les céréales, le pain, les pâtes, les pommes de terre qui expliquent l’essentiel de l’exposition, précisément parce qu’ils sont consommés par tout le monde, tous les jours.
Même la personne la plus attentive à son alimentation ne peut s’en protéger totalement. On ne peut pas « arrêter de manger des féculents ». On ne peut pas demander aux familles de porter, à travers leurs choix individuels, la responsabilité d’un risque sanitaire qui relève d’un problème structurel. C’est là que se joue l’enjeu politique : reprendre le pouvoir sur nos vies, c’est refuser que notre santé soit sacrifiée par défaut.
La source principale de cette contamination est désormais clairement identifiée. Elle provient de l’utilisation massive d’engrais phosphatés contenant du cadmium, importés notamment du Maroc, où les roches phosphatées sont naturellement très riches en ce métal. Une fois épandu, le cadmium s’accumule dans les sols. Il ne se dégrade pas. Il est absorbé par les plantes par défaut en même temps que les nutriments, puis se retrouve dans notre assiette.
Face à ce constat, l’inaction n’est plus tenable. L’ANSES en appelle à une réglementation stricte pour s’attaquer à l’urgence de la situation et stopper cette contamination généralisée. La France ne peut plus continuer de tergiverser.
La proposition de loi portée par le député et agriculteur Benoît Biteau, et le groupe Écologiste et Social, tranche enfin ce nœud. Elle vise à interdire l’utilisation d’engrais phosphatés contenant du cadmium, en s’attaquant à la cause du problème, plutôt qu’à ses conséquences. C’est une mesure de santé publique, de justice sociale et de responsabilité politique.
Elle s’inscrit dans le prolongement direct du combat mené par des médecins, des chercheurs, des ONG, des associations de consommateurs et des syndicats agricoles alternatifs, qui alertent depuis des mois pour briser le silence. Nous nous faisons le relais de leur mobilisation.
Des alternatives existent. Les produits issus de l’agriculture biologique présentent en moyenne près de 50 % de contamination en moins que leurs équivalents conventionnels.
Au-delà de l’usage de phosphates sans cadmium, l’agriculture biologique interdit formellement tous les engrais de synthèse dans son cahier des charges, elle reste l’alternative la plus crédible. Plus globalement, l’agronomie, basée notamment sur la rotation des cultures, l’agroforesterie, sont des leviers efficaces permettant la restauration et l’entretien de la fertilité des sols. Soutenir cette transition ne revient pas à « contraindre » l’agriculture mais à sécuriser sa durabilité tout en protégeant la santé des agriculteurs et agricultrices et celle des consommateurs et consommatrices.
Face à un empoisonnement lent, diffus et généralisé, le fatalisme n’est pas une option. Reprendre le pouvoir sur nos vies, c’est refuser de continuer à s’intoxiquer au cadmium en silence.
Chiffres clés
- Les aliments biologiques présentent en moyenne 48 % de cadmium en moins que les aliments issus de l’agriculture conventionnelle
- Jusqu’à 36% des consommateurs enfants de moins de 3 ans dépassent la dose journalière tolérable par ingestion pour le cadmium. (ANSES)
- Le cadmium est hautement suspecté de jouer un rôle dans l’augmentation fulgurante du cancer du pancréas. En 30 ans, les cas de cancer du pancréas ont été multipliés par 4.
Carte d’identité
de la proposition de loi

Proposition de loi visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium, n° 2301
Rapporteur : Benoît Biteau
Présentation du dispositif :
Interdiction du cadmium dans les engrais phosphatés.
