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Eau potable : Le combat de celles et ceux qui refusent de jouer avec le feu – et de trinquer !

De la Bretagne aux Ardennes, des Vosges à la Nouvelle-Aquitaine, des milliers de citoyennes et citoyens se lèvent pour défendre leur droit à une eau saine. À l’Assemblée nationale, nous portons leur voix.

« Je veux pouvoir boire l’eau du robinet en toute confiance, et qu’il en soit de même pour mes enfants et leurs enfants ! » Ce cri de Jean-Marc, habitant du Morbihan, résonne comme celui de millions de Françaises et de Français. Cet été, ils ont été plus de deux millions à signer la pétition contre la loi Duplomb. Parmi leurs motivations, une angoisse lancinante : l’eau qu’ils boivent pourrait les empoisonner.

Des mobilisations qui se multiplient

A Rennes, le samedi 10 janvier 2026, plus de 3000 personnes ont défilé derrière une banderole sans équivoque : « Dans l’eau : des poissons, pas des poisons ! » Un rassemblement inédit réunissant agriculteurs bio, pêcheurs, victimes des pesticides, associations environnementales, familles et élus, venus défendre la qualité de l’eau et le Sage Vilaine. Parmi les témoignages marquants, celui de Gilles Ravard, agriculteur atteint depuis 2017 d’un lymphome reconnu maladie professionnelle. Ces mobilisations locales traduisent une colère et une réelle inquiétude, alors que la qualité de l’eau ne cesse de se dégrader et le coût des traitements d’augmenter, alors que les risques croissants pour la santé ne peuvent être négligés. 

Dans les Ardennes, plusieurs communes ont été confrontées à des restrictions de consommation en 2025, après la découverte de PFAS — ces « polluants éternels » — dans leurs ressources en eau. En Charente-Maritime, Lucile témoigne : « Vivant en plaine d’Aunis, les conséquences documentées sont dramatiques. Je ne veux pas qu’un champ de maïs ait plus de valeur que l’eau que je bois. »

Des contaminations de plus en plus documentées

Les données officielles dressent un tableau préoccupant. Selon le ministère de la Santé, plus de 10 millions de Français·es auraient été alimentés au moins une fois en 2022 par une eau non conforme aux normes réglementaires concernant les pesticides. Des estimations plus récentes montrent l’évolution du phénomène et évoquent jusqu’à 17 millions de personnes concernées en 2023.

Entre 1980 et 2024, environ 14 300 captages ont été fermés en France, dont quelques 4 600 en raison de pollutions liées aux pesticides ou aux nitrates, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. Chaque année, ce seraient une centaine de captages supplémentaires qui disparaissent, faute de pouvoir traiter l’eau en raison de la présence massive de polluants impossibles à éliminer.

Plus récemment, l’ANSES a révélé fin 2025 une contamination quasi généralisée au TFA (acide trifluoroacétique), le plus répandu des PFAS : cette substance a été détectée dans 92 % des échantillons d’eau potable analysés. Une découverte qui a conduit le gouvernement à intégrer cette molécule dans la surveillance obligatoire à partir de 2027.

« Travaillant dans le domaine de l’eau, je constate la présence de ces produits dans toutes les rivières », nous confie un professionnel souhaitant rester anonyme. L’ONG Générations Futures souligne par ailleurs que 71 % des métabolites de pesticides à risque ne feraient encore l’objet d’aucune surveillance systématique.

Un coût économique colossal

Claude, de Ploufragan, pose la question qui fâche : « Quand allons-nous comprendre que ces molécules nous coûtent beaucoup plus cher en santé publique et en traitement de l’eau par rapport aux gains immédiats de rendement ? ». Bérangère, en Loire-Atlantique, vit cette réalité : « J’ai une eau potable qui contient des pesticides. Le coût de potabilisation est porté par la collectivité. »

Les estimations varient, mais convergent vers des montants considérables : entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an pour le seul traitement des pollutions aux pesticides et nitrates, selon différents rapports. L’association AMORCE évoque même un coût global de dépollution pouvant atteindre 2,5 milliards d’euros annuels. Sans inflexion majeure des politiques publiques, le prix de l’eau au robinet pourrait fortement augmenter — il a déjà crû de 16 % en deux ans et demi selon l’Insee —, avec le risque d’une fracture territoriale entre zones urbaines et communes rurales moins dotées.

Reprendre le pouvoir sur notre eau

Face à ce constat, un rapport interministériel de juin 2024, révélé par le média Contexte, parle d’un « échec global » de la politique de protection des captages et appelle à des « mesures préventives ambitieuses ». La ministre de la Transition écologique a présenté en mars 2025 une feuille de route visant à mieux protéger les captages « sensibles », mais les associations environnementales jugent ces engagements encore insuffisants.

Notre proposition de loi, portée par le député Jean-Claude Raux, s’articule autour d’une mesure structurante : l’interdiction des pesticides de synthèse et des engrais azotés minéraux dans les aires d’alimentation des captages d’eau associées à des points de prélèvement sensibles, à horizon 2030. Ce n’est pas une lubie idéologique, c’est une demande portée par de nombreux maires, quelle que soit d’ailleurs leur couleur politique, par des syndicats d’eau et une partie du monde agricole engagée dans la transition. Des initiatives locales montrent que c’est possible : le dispositif « De la source à l’assiette » d’Eau de Paris ou le label « Terres de Sources » d’Eau du bassin rennais démontrent qu’on peut concilier agriculture durable et protection de la ressource.

Delphine, de Charente-Maritime, diagnostiquée d’un cancer à 44 ans, l’écrit avec force : « Pour moi il est trop tard mais je voudrais qu’à l’avenir mon fils puisse boire, manger, respirer sans s’intoxiquer. » Le 12 février, nous porterons sa voix et celle de tous ceux qui refusent de trinquer.

  • En 2023, 17 millions de Français·es ont consommé une eau du robinet non conforme aux normes de qualité pour les pesticides.

  • Le polluant éternel TFA (acide trifluoroacétique) est retrouvé dans 92% des échantillons d’eau potable et 71 % des métabolites de pesticides à risque de contaminer les eaux souterraines ne font l’objet d’aucune surveillance.

  • Le coût de la dépollution de l’eau destinée à la consommation humaine est estimé à 5 à 12 milliards d’euros par an dans les années à venir.

Proposition de loi pour protéger l’eau potable, n° 2308

Rapporteure : Jean-Claude Raux

Présentation du dispositif :

  • Interdiction, à compter du 1er janvier 2030, de l’utilisation de pesticides de synthèse et d’engrais azotés minéraux à l’intérieur des aires d’alimentation des captages associées à des points de prélèvement sensibles
  • Systématisation de la délimitation des aires d’alimentation des captages par l’autorité administrative si la collectivité locale responsable ne le fait pas.
  • Mise en place par l’autorité administrative compétente d’un programme pluriannuel d’actions obligatoires visant à préserver la qualité des eaux dans les aires d’alimentation des captages

    Dossier législatif

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