
Une proposition de loi examinée le 12 février entend s’attaquer aux causes structurelles de l’obésité infantile. En ligne de mire : l’industrie agroalimentaire et ses stratégies marketing ciblant les plus jeunes.
En France, 17 % des enfants sont en surpoids et près de 6 % souffrent d’obésité, selon l’OMS. Des chiffres qui progressent plus vite dans les milieux populaires. Face à cette épidémie, le discours dominant reste celui de la responsabilité individuelle. Pourtant, les familles n’ont pas les cartes en main pour faire des choix éclairés.
Le problème est ailleurs. Dans les rayons des supermarchés, où 80 % des produits sont ultra-transformés. Dans les écrans, bombardés de publicités pour céréales sucrées et biscuits industriels. Jusque dans les biberons : selon 60 Millions de Consommateurs (janvier 2026), 58 % des aliments pour bébés dès quatre mois sont ultra-transformés. Plus d’un tiers contiennent des sucres ajoutés sans aucune justification nutritionnelle.
C’est ce système que la proposition de loi portée par la députée Sabrina Sebaihi entend remettre en cause. Non pas en prescrivant aux parents ce qu’ils doivent faire, mais en agissant sur l’environnement alimentaire qui façonne leurs choix.
Le Royaume-Uni ouvre la voie
Le texte s’inscrit dans un mouvement international. Depuis janvier 2026, le Royaume-Uni interdit les publicités pour la malbouffe avant 21 heures à la télévision et sur les réseaux sociaux. Le gouvernement estime que cette mesure évitera 20 000 cas d’obésité infantile par an.
La proposition française va plus loin en articulant trois leviers. D’abord, inscrire dans le code de la santé une définition légale des aliments ultra-transformés, fondée sur la classification scientifique NOVA. Sans définition, impossible de réglementer.
Ensuite, interdire les publicités pour ces produits lorsqu’elles ciblent les mineurs, ainsi que les mascottes et personnages de dessins animés sur les emballages — ces techniques marketing qui jouent sur l’affect et créent un attachement émotionnel artificiel chez l’enfant.
Enfin, bannir les sucres ajoutés dans les préparations pour nourrissons. À cet âge, le sucre ajouté ne répond à aucun besoin nutritionnel : il ne sert qu’à fidéliser, dès le berceau, une clientèle future.
Un consensus scientifique, un blocage politique
Les preuves s’accumulent. En novembre 2025, trois articles publiés dans The Lancet par 43 experts internationaux établissaient le lien entre consommation d’aliments ultra-transformés et augmentation de l’obésité, du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires. Sur 104 études analysées, 92 concluaient à une incidence accrue d’au moins une maladie chronique.
Pourtant, la France reste à la traîne. Le gouvernement a retiré la mention « limiter les produits ultra-transformés » de son projet de stratégie alimentaire nationale, sous la pression du lobby agroalimentaire — un secteur qui génère 1 900 milliards de dollars de chiffre d’affaires mondial.
Reprendre le pouvoir sur nos vies, c’est aussi reprendre le contrôle de ce que mangent nos enfants. Ne plus laisser des intérêts commerciaux décider, dès les premiers mois de vie, des habitudes alimentaires d’une génération. Il ne s’agit pas de culpabiliser les familles, mais de transformer l’environnement qui conditionne leur quotidien. La santé de nos enfants n’est pas négociable.
Chiffres clés
- 52,8% de l’alimentation des nourrissons est constituée de produits ultra-transformés (60 millions de consommateurs) et un tiers comporte trop de sucres ajoutés (association CLCV).
- Selon l’OMS, plus de 17 % des enfants français sont en surpoids et près de 6 % souffrent d’obésité.
- De nos jours, en moyenne, un enfant de 8 ans a ingéré une quantité de sucre équivalente à son grand-père au cours de sa vie entière.
Carte d’identité
de la proposition de loi

Proposition de loi pour une génération sans sucre, n°2307
Rapporteure : Sabrina Sebaihi
Chef de file : Boris Tavernier
Présentation du dispositif :
- Définir clairement les aliments ultra-transformés, condition essentielle à leur régulation
- Encadrer strictement la publicité et le marketing alimentaire qui visent les enfants
- Interdire les sucres ajoutés dans les produits destinés aux nourrissons
