L’examen de l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 est l’occasion d’exprimer les réserves du groupe Écologiste et Social à la fois sur la méthode et sur le fond du texte.
Tout d’abord, nous regrettons les conditions dans lesquelles ce texte nous est soumis : un calendrier contraint, un accès tardif au projet, et une concertation insuffisante.
Nous posons également la question essentielle des moyens, d’autant plus que le Gouvernement vient d’annoncer qu’il était prêt au gel de 6 milliards d’euros de dépenses pour tenir le budget 2026.
La Cour des comptes et le Haut Conseil des finances publiques ont émis des réserves sur les faibles marges de manœuvre budgétaires dues aux reports de charges élevés et une forte hausse des engagements futurs avec des restes à payer passant de 60 à 140 milliards d’euros.
L’effort financier demandé pour notre défense risque de peser durablement sur notre capacité à investir dans d’autres priorités : la transition écologique, la santé, la protection sociale.
Dans ce contexte, la question d’une contribution accrue des plus hauts revenus et des acteurs ayant bénéficié des crises récentes doit être posée.
Nous refusons que l’augmentation des crédits de la défense serve de prétexte à affaiblir notre démocratie.
Plusieurs dispositions du texte nous inquiètent fortement : la fragilisation des garanties environnementales, le recours à des dispositifs de surveillance algorithmique, ou encore la création d’un état d’alerte de sécurité nationale aux contours flous.
Ensuite, nous partageons le constat que notre défense nationale doit être renforcée face aux menaces réelles que nous vivons sur notre territoire.
La Russie a l’objectif de déstabiliser l’Europe notamment par des attaques hybrides répétées. Un conflit de haute intensité est un scénario à prendre au sérieux et annoncé à maintes reprises par nos autorités militaires.
Les États-Unis et Israël menacent la sécurité du Moyen-Orient et ont généré une crise énergétique par leur agression militaire totalement injustifiable.
Cela révèle encore une fois notre dépendance structurelle aux hydrocarbures.
Les changements climatiques multiplient les risques de conflits autour de l’accès aux ressources comme l’eau et les terres arables.
Face à cette situation géopolitique, démocratique, sociale et climatique, notre modèle d’armée a besoin d’être transformé.
La dissuasion nucléaire est profondément remise en cause par des stratégies de contournement par le bas.
Nous ne concevons pas de dissuasion efficace sans le concours des forces conventionnelles et des moyens pour faire face à un conflit hybride étendu – ce qui ne peut se faire sans Europe.
De plus, la reconfiguration de notre présence militaire en Afrique est l’occasion de rompre avec un modèle expéditionnaire éculé.
La France doit s’employer à repenser la projection de ses forces dans un monde à +4°, avec pour seule boussole la protection des populations, notamment dans les territoires ultra-marins.
Enfin, nous continuons à défendre que les États-Unis ne sont pas les garants de la sécurité européenne. Depuis les années 80, nous luttons contre le déploiement des Euromissiles et nous promouvons que les Européens doivent prendre en main leur propre défense.
Dans ce contexte, la France doit assumer un pivot stratégique vers l’Europe, dont elle peut assurer la profondeur stratégique, tout en conservant une certaine capacité de projection.
Nous défendons un modèle d’armée qui repose sur un renforcement des moyens :
- coopération européenne dans des domaines stratégiques : système d’alerte avancé notamment spatial, avions de combats, chars, artillerie, numérique ;
- armée de Terre, génie et artillerie :
- augmentation budgétaire pour la réserve opérationnelle avec un plancher d’un milliard d’euros lui étant consacré à partir de 2027 ;
- mise sur pied d’une troisième division reposant majoritairement sur les réservistes ;
- appui à la mobilité, systèmes de franchissement, disperseur de mines antichars ;
- frappe dans la profondeur avec pour objectif 48 LRU ;
- études pour la création de nouveaux régiments d’artillerie.
- La Marine :
- 18 frégates de 1er rang ;
- étude pour anticiper le prochain format des FDI.
- faire face aux conflits hybrides :
- développement et acquisition de système d’interception basés sur des effecteurs défensifs à bas coût et à usage de masse ;
- fin de nos dépendances aux logiciels américains de type Palantir.
Pour conclure, nous saluons la prise de conscience des trous capacitaires dans nos armées mais il est nécessaire de transformer notre modèle d’armée.
La réponse ne peut être uniquement militaire. Nous défendons une approche globale de la sécurité, qui intègre la diplomatie, la maîtrise de nos dépendances, et la lutte contre les changements climatiques.
Le groupe Écologiste et Social appelle le Gouvernement à modifier ce texte pour permettre la construction d’un large consensus autour d’un effort de défense nécessaire, qui doit rester conforme à nos exigences démocratiques, écologiques et sociales.
