
Elles et ils sont associatifs, militant·es, simples citoyens engagés dans leur quartier. Ils recréent du lien, accompagnent les familles, protègent leurs proches, refusent de baisser les yeux. Et pour cela, ces personnes risquent leur vie. Une proposition de loi veut enfin leur offrir un cadre de protection clair et lisible.
Le 13 novembre 2025, Mehdi Kessaci, 20 ans, est abattu en plein jour à Marseille. Il n’était pas impliqué dans le trafic de drogue. Son seul « tort » : être le frère d’Amine Kessaci, militant écologiste et fondateur de l’association Conscience, qui accompagne depuis cinq ans les familles endeuillées par le narcotrafic.
Un « assassinat d’avertissement », comme piste privilégiée par les enquêteurs. Un coup de semonce des réseaux criminels, adressé à toutes celles et ceux qui, sur le terrain, osent leur tenir tête.
Amine Kessaci, lui, était placé sous protection policière depuis l’été 2025. Mais pas sa famille. « Qui ignorait que ma famille avait déjà payé un tribut de sang ? », interrogeait-il dans une tribune au Monde, quelques jours après avoir enterré son frère. Cette question résonne comme un aveu d’échec collectif.
L’assassinat de Mehdi a secoué le pays. Mais le plus dramatique est qu’il n’est pas isolé : il est le plus connu mais les menaces, les violences et les morts ne se limitent pas à la famille Kessaci.
L’angle mort de la protection des citoyens engagés
Aujourd’hui, aucun cadre légal lisible et transparent ne protège les citoyens engagés contre le narcotrafic. Ni victimes directes, ni témoins dans une procédure judiciaire, ni agents publics : ils ne relèvent d’aucun dispositif existant. Le seul recours ? Solliciter le ministère de l’Intérieur, via un service conçu pour les hautes personnalités. Une procédure opaque, discrétionnaire, sans critères connus du public.
C’est pour combler ce vide que les députés écologistes portent une proposition de loi créant un véritable droit à la protection. Le texte, déposé le 23 décembre 2025, instaure une commission nationale chargée d’examiner les demandes et de définir des mesures adaptées : protection physique, accompagnement à la réinsertion, possibilité d’utiliser une identité d’emprunt. Les proches peuvent également en bénéficier. Cette commission pourra également être saisie par les personnes en danger.
Face à la procédure actuelle de mise sous protection, le texte prévoit un accès transparent et simplifié aux mesures de protection, notamment grâce à la création d’un agent habilité qui pourra recevoir les demandes et les transmettre à la commission nationale. En cas d’urgence, les services compétents interviennent immédiatement.
Reprendre le pouvoir sur nos vies
Le dispositif s’inspire des mécanismes existants pour les repentis et témoins protégés, mais l’élargit à une catégorie oubliée : les citoyens engagés. Ceux qui documentent les trafics, offrent des alternatives aux jeunes happés par le deal, accompagnent les victimes et leurs familles.
« Les habitants des quartiers les plus touchés par le trafic de stupéfiants sont un rempart sous-estimé contre les organisations de la drogue », souligne l’exposé des motifs. Parents, éducateurs, animateurs associatifs : ils sont souvent le premier maillon de résistance au sein de territoires délaissés. Et ces personnes se retrouvent seules, abandonnées par l’État, face à des réseaux armés et violents.
Le texte prévoit un accès simplifié : un agent habilité pourra recevoir les demandes et les transmettre à la commission nationale. En cas d’urgence, les services compétents interviennent immédiatement.
Pour le groupe Écologiste et Social, cette loi est un dispositif d’urgence mais s’inscrit dans une ambition plus large : permettre aux Françaises et aux Français de « reprendre le pouvoir sur leurs vies ». Face aux réseaux criminels qui imposent leur loi par la terreur, donner aux citoyens les moyens de résister, c’est reconnaître que la sécurité se construit avec les populations, pas contre elles.
L’Office anti-stupéfiants recense 110 morts et 341 blessés liés au narcotrafic en 2024 — des chiffres en hausse de 33 % depuis 2021. « On ne peut pas tuer tout un peuple », lançait Amine Kessaci après la mort de son frère. Cette loi entend lui donner raison.
Carte d’identité
de la proposition de loi

Proposition de loi améliorant la protection des personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée, n° 2310
Rapporteure : Sandra Regol
Présentation du dispositif législatif :
La proposition de loi prévoit la mise en place d’un droit à la protection par l’État pour les personnes dont la sécurité est menacée en raison de leur contribution à la lutte contre la criminalité organisée, et pour leurs proches quand ceux-ci sont également à risque.
Dossier législatif
